Stress et parentalité : vers un rééquilibrage des temps de vie
Nous y voici, le jour J, LA rentrée et tout est prêt : le cartable neuf, les fournitures, les activités périscolaires et … la garde du soir, des mercredis, et pour certains d’entre nous, des matins avant l’école. Loin de moi l’idée de culpabiliser les parents, c’est un constat qui résulte souvent d’un non choix dicté par l’évolution des sociétés et de notre Société.
Depuis maintenant plus de deux ans, un Observatoire de la parentalité en entreprise à été créé, une charte a même été éditée le 11 avril 2008 à l’attention des entreprises. Son but : promouvoir l’égalité homme-femme au travers de la parentalité en encourageant « un environnement de travail où les salariés-parents peuvent mieux concilier leurs vies professionnelles et familiales ».
Ainsi de plus en plus d’entreprises (pour la majorité des multinationales) mettent en place des crèches interentreprises, des services de conciergerie, du télétravail à domicile… qui rassurent et permettent aux salariés de se concentrer sur leur travail, le problème est donc réglé…
Pas si sur, car si ces initiatives sont un bienfait chez certains de nos voisins, c’est parce que le salarié termine sa journée entre 14h30 et 17h au plus tard, comme c’est le cas en Suède, ou en moyenne 16h pour les employés allemands. Ces familles se trouvent donc réunies au plus tard à 18h. En France, les crèches interentreprises proposent des amplitudes horaires pouvant aller jusqu’à 21 h, ce qui donne tout le loisir au salarié de prolonger sa journée de travail d’autant.
Tout est dans l’interprétation de ce que l’on fait de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Faut-il prendre sa famille sous le bras et l’intégrer à son travail où dissocier et préserver les deux ?
Si cette voie des services offerts par les entreprises n’est pas cadrée, elle peut vite dériver vers des excès. En plus de passer outre les besoins vitaux du salarié (équilibre veille-sommeil, actif-passif), ce serait nier ceux de l’enfant qui devrait s’accorder au rythme de l’entreprise avec un temps d’activité inadapté pour lui.
Les entreprises doivent entamer une vraie réflexion de fond sur le rééquilibrage du rythme journalier du salarié, et à fortiori du parent. On peut par exemple réfléchir sur la réelle productivité de ces 2 heures, entre 17 et 19h (voir plus) avec des parents qui angoissent car ils pensent à terminer au plus vite pour au moins contrôler les devoirs, ou même arriver à temps à la maison pour arracher un baiser à un enfant déjà endormi…
Ou encore dans l’utilisation des RTT dont cette salariée disait : « je pensais que ça allait nous permettre de nous reposer, de partir, mais en fait je fais mon ménage que je n’ai pas le temps de faire en semaine parce que j’arrive trop tard à la maison, et je ne vois toujours pas mais enfants puisqu’ils sont à l’école ! ».
Ce changement de rythme pourrait être bénéfique pour l’entreprise en permettant ainsi au salarié-parent de mobiliser ses ressources psychiques et intellectuelles sur son temps de présence. Les effets sur le terrain se focaliseraient sur une meilleure ambiance dans les services, une diminution des « malfaçons » et des autres conséquences liées au stress puisque ce dernier s’en trouverait fortement diminué.
Il y a aussi toute une éducation à refaire chez le salarié français pour sortir de l’amalgame entre efficacité et temps de travail. Le véritable progrès sera lorsqu’il pourra partir à 17h sans culpabiliser, à l’instar de cette mère de famille cadre sup qui raconte : « je devais partir à 18h car la nounou de mon fils ne pouvait pas rester plus longtemps ce soir là, alors j’ai attendu que le couloir soit désert et je me suis faufilée. Un collègue m’a alors interpellé de son bureau et a lancé : et bien, il y en a qui se la coule douce ici ! Je me suis sentie jugée dans mon professionnalisme alors que je suis au bureau 10 heures par jour ! »
Notre société prône l’enfant, le met au centre de tout, alors donnons les moyens aux parents de vivre leur parentalité sereinement. Redevenons logique en priorisant un rythme journalier cohérent pour ne plus entendre : « je passe à côté d’eux ! ». Tout le monde y gagnerait : le salarié-parent, l’entreprise… et nos enfants qui sont les salariés et les patrons de demain.
Clotilde Lizion
Psychologue et gérante du cabinet LCCL
