Considérer la vie comme une succession d’instants

L’homme, dans sa crainte de la mort, a toujours cherché une permanence à sa vie. Un contrat à durée indéterminé avec sa famille, sa femme, son travail, son quotidien, ses crédits. Tout pour s’assurer un confort d’existence rassurant, comme si l’instant lui faisait peur et menaçait de détruire ses projets les plus concrets. Le monde dans lequel nous vivons n’a rien fait pour l’en empêcher car il ne cherche pas à faire se questionner l’homme mais plutôt à l’apaiser face à des peurs en proposant des réponses toutes faites.

Et en effet, comment penser à l’instant qui arrive quand le futur est rempli d’incertitudes ?

Une vie humaine à durée indéterminée

La vie, pour la plupart d’entre nous, est constituée d’une multitude de projets basés sur une vie sans surprises. Nous avons signé un contrat avec une entreprise, nous avons forgé à forces de concessions une famille avec une femme que l’on apprécie qui nous a offert – ou va nous offrir – le plus beau cadeau d’une existence humaine. Nous avons acquis, à force de patience, un quotidien qui nous convient, rythmé par nos 35h hebdomadaires, nos RTT, nos vacances régulièrement espacées.

Nous subissons quelques contraintes de transports, quelques soucis de cohabitations, quelques ennuis, une quasi absence de créativité mais nous bénéficions de belles soupapes avec nos amis, dans des lieux d’ivresse conviviale et les multiples loisirs que nous achetons volontiers.

Que demander de plus ? Une maîtrise de sa vie par exemple ?

Se rassurer sur son futur

Elevés aux doux son de la voix parentale, nous conseillant avec amour de « trouver un travail pour bien gagner sa vie », notre destin n’a pas de raison de s’en écarter. Et évidemment, tout est fait pour que nous cherchions avec acharnement à trouver notre place dans la société et à ne pas sombrer dans la caste de ceux qui « profitent de la société » en bénéficiant de multiples allocations.

D’extrèmes en extrèmes, bercés par la peur de devenir dépendant ou de se retrouver à la rue, nous fonçons dans un travail rentable qui va nous occuper le restant de notre vie.

Tout ça par peur.

Et c’est aussi par peur que nous nous marions aveuglement pour éviter de finir seul, pour éviter le stress de la réflexion quotidienne.

La vie n’est qu’un passage

oeilleresUne vie humaine n’est constituée que de 70 années d’existence consciente. Comment peut on imaginer figer ces 70 années dans un quotidien, dans un amour permanent, dans un bonheur et des amitiés infinies ? On ne le peut pas.

Tout ce qu’on peut faire, c’est s’aveugler dans une idée de permanence et espérer que nos oeillières tiendront le plus longtemps possible, quitte à les faire réviser de temps en temps par un spécialiste.

Ou alors, nous pouvons changer de vision sur le monde tel qu’il nous est présenté. Et chercher dans l’impermanence, le provisoire, le présent, la solution à nos désirs actuels.

Suivre ses plaisirs, vivre dans l’instant

La théorie de Sorgen insiste sur la nécessité pour un homme non frustré par la vie de suivre ce qu’il aime, de vivre ses plaisirs au quotiden. Cela n’est possible que s’il a compris les implications d’une telle démarche. Suivre ses plaisirs signifie de ne pas être imbriqué dans un mécanisme dévastateur de contrainte quotidienne, de ne pas être hanté par les conséquences d’un choix premier (une signature d’un contrat, une promesse, un dévouement) qui impose une présence, une disponibilité, une soumission forcée.

C’est avant tout réaliser l’impermanence de la vie et se dire que si on ne fait pas les choses maintenant, rien ne nous indique qu’il sera possible de les refaire plus tard.

La vie comme une suite d’instants.

L’amour permanent, l’amitié de toute une vie, la joie interminable, la passion sans fin : tout cela n’existe pas. Tous ces termes sont basés sur un passé imprécis et un futur que personne ne peut présager. Instable comme une existence humaine – personne n’est à l’abri d’une mort soudaine et accidentelle.

Ce qui existe, c’est le moment présent. Cet instant qui me file sous les doigts alors que j’écris ces mots.

En réalité, la vie n’est qu’une somme d’instants qui se suivent. L’objectif d’un être humain cohérent est de les saisir et de pouvoir se les approprier en les vivant consciemment et pleinement.

Qui me dit que tu seras encore mon ami dans 2 jours ? Rien. Alors au lieu de s’inquiéter de notre avenir, vivons ce moment, partageons cet instant musical, cette paix, assis dans un parc.

Qui me dit encore que nous serons encore amoureux dans un mois ? Rien. Mais c’est maintenant que tu es dans mes bras. Et c’est cet instant que je veux vivre, pas l’inquiétude d’une future séparation.